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Bruce Branit

08/06/2009

Quatre nominations aux Emmy Award, une collaboration ininterrompue avec des producteurs de séries à succès – Lost, Pushing Daisies, Surface –, des campagnes publicitaires pour des marques renommées… Bruce Branit est devenu une figure incontournable des effets spéciaux et de l’animation 3D. Il dirige désormais sa propre société à Kansas City, Branit VFX. Il aurait pu s’installer définitivement à Hollywood, mais cet artiste LightWave a choisi, après quelques années sous les spotlights, de revenir dans son fief et fonder sa société.
En 2006, Bruce Branit accordait une interview à NewTek sur sa carrière et son film 405. Mai 2009 : Bruce fait le point avec nous sur l’évolution de ses projets et notamment son tout dernier film d’animation : World Builder.

Vous avez étudié le design à l’Université du Kansas: comment êtes-vous venu à l’animation 3D et à LightWave 3D®?

Quand j’étais au collège, je travaillais dans une boîte qui faisait des tee-shirts. C’est à ce moment que j’ai commencé à faire de la 3D. Ensuite dans les années 90, mon ami Jeff Scheetz travaillait pour une chaîne de télé. Un jour je me suis retrouvé dans leurs locaux et par le plus grand des hasards ils avaient un VideoToaster et j’ai passé du temps sur la partie dédiée à LightWave. C’était tellement plus rapide que Stratavision, le logiciel que j’utilisais avant !

Le feedback était tellement rapide que j’ai réalisé que l’on pouvait même faire des manips et voir le résultat aussitôt… Jeff et moi avons rassemblé l’argent et nous avons acheté un VideoToaster en commun, et j’ai ensuite mis en place un calendrier avec des créneaux d’utilisation pour chacun d’entre nous… Dans un délai très bref nous avions chacun une démo disponible et il était temps de passer à l’étape suivante et chercher un poste dans ce domaine.
Ensuite j’ai trouvé un poste en agence de pub et j’ai déménagé en Californie. C’est à peu près au même moment que LightWave a été désolidarisé du VideoToaster, et qu’on a pu l’utiliser sur PCs et non seulement sur les Amiga comme c’était le cas dans un premier temps
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Vous avez participé à des projets importants depuis lors et votre film 405, sorti en 2000, a été applaudi par la critique.
Depuis quelques mois, il y a un gros buzz sur Internet sur votre dernier film World Builder : vous attendiez-vous à un tel succès ?

Eh bien pour tout dire, c’est un projet qui me tenait beaucoup à cœur quand je l’ai réalisé, et je pensais que cela toucherait le public. Au final, le succès n’a pas été flagrant au départ, et j’ai fait avec. J’ai pensé qu’il fallait continuer à le peaufiner, et j’ai aussi songé à une diffusion via le Web. Je me suis dit : “voyons s’il y a un public pour ce film !” Je l’ai mis en ligne vers octobre/novembre.

Je l’ai d’abord diffusé sur Youtube et j’en ai parlé à quelques amis, en envoyant une trentaine d’e-mails à ce sujet, en espérant que le bouche à oreille fonctionnerait. Mais l’impact n’a pas été démesuré à l’époque, l’accueil restait tiède.

En février, des membres de la communauté LightWave en ont parlé en ligne, notamment un certain William Vaughan qui a encouragé les internautes à le regarder. Ensuite ce sont les sites dédiés à l’architecture qui se sont passés le mot, puis les forums dédiés à la philosophie et ainsi de suite.

A ce jour, plus de 1,5 millions d’internautes ont regardé le film sur Youtube, et à peu près autant sur Vimeo, soit au total trois millions de personnes, à quoi s’ajoutent ceux que j’ai retrouvés sur Digg [le Youtube chinois, pays où Youtube est interdit].
Tout cela s’est passé en l’espace de quelques semaines, quatre tout au plus.
Plus récemment, j’ai ajouté une une page sur Facebook dédiée à World Builder et vous savez quoi ? Il y a déjà près de 4000 fans !

 

Quelques années se sont écoulées entre la sortie de 405 (2000) et celle de World Builder : qu’avez-vous fait dans l’intervalle?

Après 405, j’ai lancé une société d’effets spéciaux avec Jeremy Hunt, co-producteur de 405, et cela nous a beaucoup occupés. Vers 2003-2004, j’ai décidé de ralentir le rythme et retourner à Kansas City, le coût de la vie y étant bien moindre et la vie plus calme. Jeremy et moi avons cessé notre activité et je suis retournée dans ma région d’origine. C’est à cette période que j’ai écrit et tourné World Builder. Je l’ai tourné vers 2005-2006, et ensuite cela m’a pris deux années supplémentaires pour faire la postproduction, car j’étais engagé sur d’autres projets en parallèle. Vous voyez, j’ai eu l’idée de World Builder juste après 405. Mais le projet n’avait aucune dimension émotionnelle à l’époque, et cela ne m’a pas poussé à me lancer dans sa réalisation

Que raconte l’histoire de World Builder?

C’est l’histoire d’un homme qui, grâce à des outils numériques, tente faire le bonheur quotidien de la femme qu’il aime en lui créant un monde virtuel, même si celle-ci est physiquement en danger [elle est dans le coma] pour des raisons qui restent inconnues. La ville qu’il construit pour la femme qu’il aime s’inspire totalement de l’architecture européenne. J’ai appris l’architecture à la fac et je suis un vrai fan de l’architecture européenne. Il y a plusieurs siècles, les gens construisaient des cathédrales majestueuses, et même des ruelles toute simples en disent long sur les efforts déployés à l’époque ! Les ouvriers pouvaient déplacer des pierres très lourdes pour les construire, et il y a un parallèle intéressant à faire avec l’univers virtuel du héros de mon film et l’animation 3D en général.

Au-delà de la question de la 3D, vous racontez une histoire pleine d’émotion : où avez-vous trouvé votre inspiration ? Vous avez un fils de trois ans : sa naissance a-t-elle influencé votre travail ?

Si j’ai été inspiré par ma propre vie ? Pas vraiment. Bien sûr, lorsque je suis retourné vivre à Kansas City, ma vie est devenu plus facile à gérer, donc cela a pu impacter ma manière de penser. On s’inspire forcément de son propre vécu. Mais ce n’est pas autobiographique et mon épouse est en parfaite santé ! Cela dit, maintenant que j’en parle, j’ai reçu de nombreux e-mails de personnes qui traversent elles-mêmes ce genre d’épreuves et dont le conjoint est frappé par la maladie. Eh bien le film les a beaucoup émus. C’est surprenant de voir combien vous pouvez toucher les gens de cette manière, c’est vraiment étonnant.

En fait, je pense que c’est tout simplement une histoire d’amour. De toute façon, tout ce que l’on entreprend dans sa vie, même peindre un mur, est lié de près ou de loin à l’amour. Nous construisons une vie pour notre famille, en tentant de rendre le monde un peu meilleur, c’est ce à quoi chacun aspire. Bien sûr les moyens aujourd’hui diffèrent de ceux du passé, parce que nous employons des techniques qui n’existaient pas auparavant.

   
Bruce Branit  
Cette interview et son contenu sont Copyright © 2009 NewTek Europe